Les médias faussent souvent la représentation du conflit Israélo-Palestinien.
Plus que tout autre conflit international, la représentation que lon a du conflit entre Israël et les Palestiniens est fondamentalement faussée à la base, dans ce que ce conflit a de plus essentiel. En effet, dans les médias les plus importants du monde occidental, le rôle dagresseurs et de victimes a été inversé. On présente les Palestiniens comme étant la source de la violence et les Israéliens comme désirant la paix à tout prix, mais ne trouvant pas de partenaires pour la faire du côté palestinien. La distorsion se manifeste de plusieurs façons que nous allons analyser. Un des aspects du phénomène, cest que cette distorsion nest pas reconnue pour ce quelle est. La distorsion des enjeux nest pas un choix nécessairement mal intentionné de la part de ceux et celles qui oeuvrent dans les médias, du moins dans les médias qui ne sont pas directement liés au pouvoir. Au contraire, nous croyons que beaucoup dentre eux se pensent et se veulent objectifs. Mais le produit final de la représentation médiatique ne lest pas, et nous allons essayer dexpliquer pourquoi.
Tout dabord, contentons-nous de remarquer une chose : La plupart des photos ou vidéos que les médias nous montrent sur le conflit, cest très souvent des Palestiniens en position agressive, en train de lancer des pierres, de brûler des pneus ou de brandir des pancartes portant des slogans agressifs. Nous les voyons plus rarement représentés comme des êtres humains à part entière : qui pleurent leurs morts, qui sinquiètent pour leurs blessés et qui souffrent. Nous voyons rarement des bulldozers israéliens détruisant des oliveraies ou démolissant des maisons. Nous avons vu des photos du mur soi-disant de protection, mais avons-nous vu une seule fois les Israéliens en train de le construire ?
Tout ceci permet de renforcer cette image selon laquelle les Palestiniens sont agressifs, que leur culture leur inculque la haine des Juifs et quil ny a pas de moyens de faire la paix avec eux. Ils sont traités de terroristes par les médias alors quils ne sont que des résistants qui se défendent comme ils le peuvent. Par opposition, les Israéliens sont très souvent montrés comme ceux qui souffrent, ceux qui sont menacés et qui désirent la paix.
Remarquons en passant que limage quon a du conflit en lisant les médias israéliens est beaucoup plus proche de la réalité, et quon y trouve beaucoup dinformations, danalyses et de prises de position que de nombreux journaux occidentaux auraient peur de publier. Exemple flagrant lu dans le journal « HaAretz », Tel-Aviv, ce cri de colère contre la politique dAriel Sharon dans les territoires palestiniens, par Shulamit Aloni, ex-ministre de la culture du gouvernement Rabin et leader de la gauche israélienne :
« Nous navons pas de chambres à gaz ni de fours crématoires, mais il nexiste pas quune seule méthode pour commettre un génocide. Le docteur Yaakov Lazovik écrit dans le journal « HaAretz » que le gouvernement de lÉtat dIsraël et la nation ne sauraient projeter de commettre un génocide. Est-ce de la naïveté ou de lhypocrisie ? Cest difficile à dire. On sait bien quil ny a pas quune façon de commettre un meurtre, et cela vaut également pour le génocide. Lécrivain Y.L Peretz parlait de ce « chat vertueux » qui ne fait pas couler le sang, mais qui étouffe ses victimes. Le gouvernement israélien, avec son armée et ses instruments de destruction, non seulement fait couler le sang, mais étouffe aussi ses victimes
.Bien entendu, avec notre hypocrisie, avec ladoration que nous vouons à notre «morale juive », nous faisons en sorte que tout le monde sache que les victimes palestiniennes sont merveilleusement soignées dans nos hôpitaux. Mais nous nous gardons bien de faire savoir combien de palestiniens sont exécutés de sang-froid dans leur propre maison. Le génocide dont il sagit aujourdhui nest pas le même que celui dont nous avons été victime dans le passé. Comme me la dit lun de ces généraux malins, nous navons pas de chambres à gaz ni de fours crématoires. » Nous ne lirons jamais à la UNE de nos journaux une semblable déclaration. Peur de publier ? Pourquoi ? Et de qui ? Tout le monde le sait, mais peu osent le dire.
Et pour continuer notre analyse, lexemple le plus frappant est le pourcentage de territoire quIsraël veut conserver en violation du droit international. Dune part, on oublie de dire quIsraël a déjà obtenu 78% du territoire palestinien, et quil tente de garder en plus des ces 78%, une partie des 22% auxquels les Palestiniens avaient finalement accepté de se résigner. Les médias calculent mal le pourcentage quIsraël veut conserver dans ces 22%. Quand ils en discutent, les politiciens et les médias reprennent la propagande israélienne à leffet quIsraël était prêt à ne garder que 20% de la Cisjordanie. En réalité cest beaucoup plus : car Israël a annexé la partie arabe de Jérusalem, après avoir étendu les frontières municipales de la ville pour englober près de 10% de la cisjordanie. Bien que cette annexion fut considérée illégale par lONU, cette zone annexée nest jamais incluse dans le calcul du pourcentage de territoires occupés et quIsraël désire conserver à tout prix même en violation du droit international. Bien peu souvent les médias nous disent que le mur de lapartheid gruge aussi une grande partie du territoire palestinien.
Pour conclure, nous dirons que les médias jouent un rôle majeur dans la représentation du conflit, en reprenant quelquefois, sans sen rendre compte peut-être, les interprétations du conflit mises de lavant par les organes de propagande israéliens.
On présente les réactions des Palestiniens, sans présenter ce à quoi ils réagissent, Ils apparaissent alors comme les agresseurs et non comme les victimes dune occupation militaire reconnue comme telle par le droit international ainsi que par bien des pays. Le fait que ces interprétation soient dominantes, permet aux gouvernements des pays occidentaux dapporter leurs appuis à loccupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza, tout en se donnant une image de force et de paix. Cet appui à loccupation militaire sexprime par le fait quon cesse de la désigner par ce quelle est véritablement et quau lieu de demander la fin de cette occupation et lapplication du droit international, on encourage les Palestiniens à reconnaître la légitimité de loccupant.
Ce qui permet cette supercherie, cest un système dinterprétation qui ignore les faits sur le terrain et qui utilise un langage dont les termes ne désignent plus ce quils sont censés désigner : Ainsi le désir du gouvernement israélien de conserver seulement près de 20% de la Cisjordanie, en violation du droit international, est présenté comme un compromis majeur. Et la proportion même de 20% est déguisée en 10% parce quon ny inclut pas Jérusalem Est, qui fait pourtant partie de la Cisjordanie et dont les frontières municipales ont été agrandies.
Les informations importantes ayant été supprimées du discours dominant, les nouvelles étant présentées de façon à produire un impact émotif favorable à loccupation militaire et le système dinterprétation dominant permettant de blâmer les victimes, la table est prête pour quun racisme ouvert sexprime contre les Palestiniens, sans que cela ne soulève de tollé.
En retour, cet appui des politiciens à loccupation, légitimise le discours dominant dans les médias et rend le racisme anti-palestinien « respectable ».On peut répéter la propagande israélienne en se donnant une image objective, alors que des journalistes qui disent les choses comme elles sont et qui appuient lapplication du droit international, sont automatiquement étiquetés de pro- palestiniens. Certains même iront jusquà subir les foudres de grands patrons de presse, ou de sionistes enragés. Souvenons-nous il ny a pas si longtemps, du licenciement politique du journaliste Alain Ménargues.
Leffet de tout cela, cest quIsraël na jamais cessé dêtre encouragé à poursuivre sont occupation militaire et au lieu de se terminer, le conflit va ainsi se prolonger longtemps, avec lindifférence des pays occidentaux. Même si nous voyons Bush aujourdhui congratuler Mahmoud Abbas et lui promettre du fric pour la bande de Gaza après le retrait des colons israéliens, ce nest pas cela qui fera changer Sharon dopinion sur son « grand Israël ». Ce nest pas la première fois non plus, que les États-Unis font des promesses, et cela ne leur coûte pas cher. Les promesses et les mensonges sont dailleurs devenus une réalité dans le monde glauque des hommes politiques.
Comme le disait Abraham Lincoln « Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps ; vous pouvez même tromper quelques personnes tout le temps ; Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. »
Torez
Ce texte est en partie tiré dune conférence donnée par Monsieur Rachad Antonius, sociologue et analyste spécialisé du Moyen-Orient. Université de Montréal.
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