Une vieille femme assise sur un parpaing de ciment tombé du mur de sa maison, pleure en silence. Un ange ou une femme très belle, sest assis à coté delle, lui a pris les mains et doucement lui a demandé :
« Quel est ton nom? »
La vieille dame la regardé, lui a caressé le visage pour sassurer quelle nétait pas encore une fois face à un rêve, un mensonge, une perfidie de plus que la vie lui envoyait.
« Je mappelle Aminah et toi apparition as-tu un nom? »
« Jen ai plusieurs
Silvia, Leila, Adriana, tu choisis et je saurai que tu tadresses à moi. »
« Tes noms sont tous jolis et tes yeux ne mentent pas. Je suis contente que tu sois là, à mes cotés. Je crois que nous allons parler toute les deux. » Lange lui répondit.
« Je suis là devant toi, justement pour quenfin quelquun técoute et puisse transmettre ta peine, tes tourments au monde entier si tu le désires. Tu pleures des êtres chers disparus ? Tes larmes sont pour ta maison détruite ? Dis-moi ton chagrin. »
La vieille dame qui navait somme toute quune cinquantaine dannées, à voir son pauvre visage ravagé comme son univers, lui donnait vingt ans de plus. Que de lourds sillons sur cette face burinée comme sur un plat dargent.
« Alors Aminah! Tu mentends? Dois-je répéter ma question? »
« Non! Jai compris ta mission mais je réfléchissais à limportance des malheurs qui me sont arrivés. Ma maison ? Oui ! Bien sur ! La mort de mon sixième enfant durant la première Intifada, ma presque fait mourir de peine. Il navait que 7 ans et jouait avec ses petits camarades, quand un éclair lui explosa le visage. Aujourdhui encore, je narrive plus à me souvenir de ses traits, je ne vois qune pauvre frimousse dévastée par des éclats dobus. Mon deuxième fils fut tué à lâge de 16 ans par des snipers. Mais ce nest pas sur ces malheurs que je pleure
. Non! Non! Tais-toi ! Ne minterromps pas. Je nai plus de larmes pour mes enfants disparus, pour ma maison détruite, pour mon époux qui est devenu fou depuis la mort de ses fils. Non ! Non ! Je nai plus de larmes pour cela car je les ai toutes pleurées. Dans mes yeux il ny en a plus pour ces fantômes. Cest du passé et je ny peux rien. »
La vieille pris le bras de lange et lentraîna vers ce qui restait de sa demeure.
« Regarde comment nous vivons » dit-elle en montrant ce qui restait de sa maison, à peine meublée, et qui peut difficilement résister aux rigueurs des grands froids. Lange regardait les murs fissurés à travers lesquels sinfiltraient la pluie et le vent, résultats dexplosions accompagnant les incursions et perquisitions à répétition de larmée colonisatrice. Aminah reprit la parole.
« Tu vois bel enfant, nos sacrifices depuis 60 ans sont incommensurables. On a tué et blessé nos enfants, arrêté des milliers dentres eux, et détruit des centaines de maisons à coup de bulldozer, de bombardements, sans parler de notre économie saccagée, nos champs ravagés et notre liberté foulée aux pieds des colonisateurs. » Elle baissa la tête comme pour mieux réfléchir afin de placer les priorités là ou elles devaient être.
« Vois-tu, si je pleures encore, si mes yeux versent encore des larmes, cest pour une toute autre chose. Et si vraiment tu es là pour mécouter, entends ceci. Nous ne croyons plus aux promesses de paix du premier ministre Ariel Sharon
» Ce nom était enfin lancé, et la vieille dame se sentit sûre delle même, sexprimant sans craintes et avec lassurance dêtre entendue elle continua :
«
Ariel Sharon est le père de tous les massacres et ne peut pas se transformer en colombe du jour au lendemain. Ni les dirigeants Palestiniens, ni les dirigeants Arabes ne doivent faire confiance à Sharon. Nous sommes fatigués de la politique. Il y a eu beaucoup de sommets à Charm El-Sheikh et ailleurs, et nous avons déjà entendu tout cela sans que rien ne change. Sharon ne respectera aucun de ses engagements parce quil ny est pas obligé. Voilà la vérité ! Sharon sappuie sur un parti très fort et jouit du soutien inconditionnel des États-Unis. » La vieille dame ne pleurait plus, son visage était devenu sec comme une peau de chèvre au soleil. Cest lange qui avait pris la relève et qui maintenant versait des larmes dimpuissance face aux malheurs de cette femme.
« Ne pleure pas sur moi mon ange, mais va à travers le monde dire ce quun petit peuple subit depuis 60 ans. Explique-leur la franchise des choses, ne fait pas comme certains qui arrangent les faits à leur convenance afin de ne point faire de vagues. Non ! Dis ce que tu as entendu et vu. Dis la vérité. » Lange pleurait toujours et la vieille dame termina ce quelle avait à dire.
« Mon nom, Aminah se traduit ainsi dans ta langue : (Dévote, Crédule) Jai déjà été lune et lautre, mais aujourdhui je ne crois plus et je pleure la perte de ma foi en lhumanité. Je nai plus rien à te dire. » La vielle femme était toujours assise sur ce parpaing et lange avait du senvoler pour répandre la parole dAminah.
Torez
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